mercredi 26 décembre 2012

Correspondance André Malraux - RMG

Lettre à Roger Martin du Gard, le 19 sept. [1932]


Cher ami - Donc terminé " Vieille France "[...] c'est dans l'ensemble très dominé et et d'une belle autorité. Et maintenant pilulons :

a) Je n'aime pas le sous-titre [...]

b) Rien à dire jusqu'à la dernière partie, que je trouve plus faible [...] un peu trop de dialogue, je crois [...]

c) J'aimerais un ou deux paysans de plus [...]

Voilà. " Vous l'avez voulu. " [...]

lundi 24 décembre 2012

Correspondance André Malraux - RMG

A Roger Martin du Gard le 23 mai [1929]

Cher Monsieur,

Voilà quelque temps que j'ai reçu " La Mort du Père " [...] Littérairement, ce roman est aussi " juste "que les autres Thibault [...]
Objections : Oscar Thibault était-il si curieux de lui-même ? Cet homme actif s'analysait-il ainsi ? Objection née plutôt d'une réaction que de la réflexion, car j'obéis sans doute au préjudé des écrivains qui veulents être seuls à s'analyser (le terme est d'ailleurs un peu gros) [...] Enfin vous êtes juge [...] Jacques ne me semble pas (provisoirement) assez frappé par la mort de son père. Je sais qu'il ne l'aime pas, mais, sur un caractère comme le sien, la mort doit agir, me semble-t-il plus puissamment si elle est séparée de toute affection : elle n'en est que plus la mort [...]
Je pars pour la Perse le 18 juin. on discutera des " Conquérants " rue Visconti le 8 [...]

Correspondance André Malraux - RMG

A Roger Martin du Gard, le 23 octobre 1928

Cher Monsieur,
Merci de votre aimable mot. Bien entendu, j'attache à votre opinion sur " Les Conquérants " assez d'importance pour ne pas vous tenir quitte. Il vaut mieux écrire " Les Thibault " que parler de mon livre, mais il vaut mieux parler de mon livre que de beaucoup d'autres.
J'espère aussi avoir le plaisir de vous revoir, ne fût-ce qu'à Pontigny.Vous voulez bien être curieux de la façon dont je vous y ai vu : comme un homme sûr*, dans tous les sens du terme [...]

* je ne dis pas : sûr de lui.

mardi 11 décembre 2012

Présence indirecte du prolétariat dans L'Eté 1914


Roger Martin du Gard  parmi les auteurs évoqués à propos de la « littérature prolétarienne » ? Voilà qui ne manquera pas de surprendre. Si l’auteur des Thibault  ne cacha jamais sa sympathie pour un humanisme réputé « de gauche », il ne fut en aucun cas un écrivain « engagé » ; en outre, ses origines, sa formation,  son mode de vie et la plus grande partie de son œuvre le rattachent sans aucun doute  à la culture et à la société les  plus bourgeoises qui soient. Fils d’avoué, gendre d’avocat,  propriétaire d’un manoir dans le Perche, diplômé de l’Ecole des Chartes, Martin du Gard   était le parfait prototype du grand bourgeois cultivé.  

 Alors, pourquoi faire  appel à lui ? Parce que, malgré la brièveté de l’évocation du monde ouvrier dans l’avant-dernier volume,  l’Eté 1914 de son œuvre majeure, Les Thibault, Roger Martin du Gard, à force d’efforts de documentation et d’honnêteté intellectuelle, a su intégrer à sa saga romanesque  un moment de l’histoire du prolétariat  ou, plus exactement, du socialisme européen avant 1914…

La brèche par laquelle s’engouffra  dans Les Thibault  la thématique prolétarienne ne fut ni spontanée.ni préméditée.  Martin du Gard s’était immergé dans ce roman dès 1920, et  avait constitué, en moins d’un an, le plan minutieux d’une intrigue-fleuve  qui devait mener le récit de 1904  aux années 40, à travers la destinée de deux frères d’origine bourgeoise, Antoine et Jacques Thibault soumis depuis toujours  à la tyrannie d’un père riche et  ultra bien-pensant et contre la férule duquel chacun regimbait, suivant des voies très différentes.   Il fallut un accident de voiture, le 1er janvier 1931, des blessures sérieuses, et une longue immobilisation pour que le romancier réfléchît  aux dimensions trop  gigantesques de son roman. D’ailleurs son entourage (qu’il consultait volontiers)  le mettait en garde contre une dérive « feuilletonnesque » de son ouvrage. Il apporta donc au plan initial plusieurs modifications décisives : 1918 serait la date de clôture définitive de sa chronologie. Les deux frères mourraient  à la guerre, le cadet tué en première ligne  dès août 1914 et  l’aîné des suites d’un « gazage »  en  1918 alors qu’initialement Antoine devait vivre bien plus longtemps. Et Jacques - – dans un ultime avatar fictionnel -  au lieu d’être tué  au front, trouverait une mort  héroïque  en déserteur, abattu au cours d’une mission  aérienne pacifiste  consistant à lancer des tracts sur le front, pour inciter  les masses ouvrières mobilisées à fraterniser.  Le pacifisme de Jacques rejoignait celui de Jaurès, dont l’assassinat est, d’ailleurs,  brièvement décrit  dans le roman.  Jaurès était un leader que RMG admirait et dans lequel il voyait – à tort – le seul représentant  de l’idéal socialiste international d’avant la révolution russe.

C’est Jacques Thibault, le plus jeune des deux frères, qui sera le truchement entre les deux univers antagonistes : bourgeoisie et classe ouvrière       Fils de grand bourgeois, Jacques Thibault présente néanmoins un trait caractéristique du « miséreux » : c’est un errant par nature, toujours dépaysé. Le vagabond-poète (Jacques adolescent est l’un et l’autre) est une figure de la contestation sociale, un « gueux de la pensée ». Jacques Thibault, dont on fait la connaissance au début du roman « in medias res », est alors en fugue, entre Paris et Marseille d’où il souhaite partir clandestinement pour l’Afrique. Il a 14 ans.  Son parcours ultérieur sera jalonné d’errances, jusqu’au seuil de l’Eté 14. L’errance et les dons intellectuels sont les deux critères du réfractaire à la fois subversif et idéaliste, et ce n’est pas par hasard qu’un exégète a  vu dans Jacques Thibault un avatar fictif d’Arthur Rimbaud.
          
           Avec la césure de 1931, dont nous avons parlé, RMG crée une rupture de construction complète dans la trame narrative. Le récit  de L’Eté 1914 commence à Genève, Au début de L’Eté 1914, le lecteur comprend rapidement que Jacques est devenu un membre actif de l’Internationale socialiste, et qu’il milite pour la révolution prolétarienne, au sein d’un groupe cosmopolite de jeunes exilés.  Ainsi, l’enfant terrible du premier volume des Thibault s’accomplissait-il en militant révolutionnaire et pacifiste. Bien évidemment, il n’était pas pour autant devenu un prolétaire, si grande que fût sa sympathie pour les déshérités. 

En vérité Jacques, et ses compagnons de militantisme s’illustrent essentiellement par des discours, dialogues, débats  et écrits théoriques qui  l’emportent largement sur  une description concrète de la condition prolétarienne. L’aisance que RMG manifestait pour créer des personnages dans les 4 premiers volumes fait place à un labeur de  tâcheron pour camper des silhouettes issues du peuple des « travailleurs ». Martin du Gard (et son personnage Jacques Thibault) évoquent  le monde ouvrier par une logorrhée doctrinaire  probablement destinée à pallier la méconnaissance réelle du romancier  par rapport au monde du travail. D’ailleurs, par un clin d’œil  moins anodin qu’il n’y parait,  le local où se réunissent les jeunes socialistes révolutionnaires, à Genève, est ironiquement baptisé « La Parlote ». L’Eté 1914  est  presque exclusivement  un roman de la parole théorique et du discours non agissant.

Jacques Thibault est un intellectuel idéaliste.  Un lyrique qui agit et surtout parle en utopiste didactique. Utopiste, car sa vision de la Révolution est fondée sur la croyance dans le progrès de la nature humaine et dans la force collective d’un prolétariat international uni ; didactique, car, même si le lecteur devine qu’il a vécu des aventures dans les milieux les plus interlopes,   lorsqu’il parle de ses expériences – à son frère ou à Jenny, sa « fiancée » -  c’est en témoin,  presque en  enseignant  qui fait un cours : les termes dans lesquels il décrit la classe ouvrière sont très réalistes, et précis, mais c’est un discours qu’il tient à  Jenny, qu’il aime depuis l’adolescence et qui, elle aussi, est issue de la grande bourgeoisie parisienne.  (Eté 1914, coll. Pléiade, p.345). 

En ce qui concerne les figures romanesques issues du prolétariat, force est bien d’avouer qu’elles sont quasiment inexistantes, non seulement dans l’Eté 1914, mais dans l’ensemble des huit volumes du roman.Dans les volumes précédant l’Eté 1914, le prolétariat est totalement absent, à l’exception de deux jeunes Parisiens, orphelins, soignés bénévolement par Antoine et des deux « bonnes » de la famille Thibault. Autant dire que ni les uns ni les autres n’ont de conscience de classe, attachés qu’ils sont par des liens d’affection à leur bienfaiteur, Antoine Thibault qui reprend inconsciemment, le rôle de son père, fondateur d’une institution au nom révélateur d’ « Œuvre de préservation sociale ». Ces faux prolétaires sont plus des personnages illustrant la « charité » des possédants que des individus dotés d’une conscience de classe.

Martin du Gard a mis en scène, dans le volume qui nous occupe, des marginaux et des révoltés qui parlent du prolétariat, se vouent à sa cause sans en être directement  issus. Tout se passe comme si les militants révolutionnaires, auxquels Jacques s’est agrégé à Genève, avaient tous plus ou moins suivi le même itinéraire que le protagoniste. De jeunes bourgeois, en rupture avec leurs familles, ou des aventuriers aux mille métiers, comme le personnage de Quilleuf, pittoresque, certes, mais que l’on ne saurait identifier comme un véritable prolétaire.  Il s’illustre, lui aussi, par un discours haut en couleurs : il y décrit son enfance malheureuse avec une verve pittoresque, certes, mais ce n’en est pas moins un récit a posteriori (Eté 14, p. 43…..). Le seul véritable prolétaire serait le personnage de Mourlan, vieil ouvrier typographe, rédacteur d’une feuille socialiste et pacifiste, mais là encore, c’est un homme d’écrit et de théorie.

Martin du Gard avait une vision purement humaniste du socialisme et de la lutte des classes. De plus, il ne séparait pas cet humanisme d’un pacifisme intégral. Une vision idéaliste et jaurésienne, qui ne correspondait pas  à la réalité historique ; s’en rendant compte, sous les conseils de quelques consultants mieux ancrés dans le monde ouvrier,   il tomba dans l’excès inverse en faisant du personnage de Meynestrel, leader des révolutionnaires regroupés à Genève- un théoricien cynique, en fait un nihiliste désespéré masquant ce désespoir sous un militantisme destructeur : d’ailleurs, lui non plus n’était pas un prolétaire d’origine, mais un ingénieur dans l’aviation, qui pilotera Jacques dans leur vol suicidaire « au dessus de la mêlée », début septembre 1914  . Il est d’ailleurs amusant de noter que ce personnage fut inspiré à RMG par le physique et la gestuelle du jeune André Malraux, que RMG avait rencontré pour la première fois en 1928.

C’est que, pour décrire les milieux prolétariens et les milieux socialistes, Martin du Gard n’avait plus du tout son milieu comme exemple ; et ses  ressources personnelles  se réduisaient à  l’admiration sans nuance pour l’idéalisme de Jaurès, qui met l’accent sur les valeurs morales : et c’est sur cet exemple qu’il a conçu le personnage de Jacques, révolutionnaire incapable de renoncer aux valeurs « humanistes » et donc, pour certains de ses amis, « bourgeoises ». Or, au fur et à mesure qu’il se documentait,  l’esthétique narrative simple qui avait été la sienne (« la simple représentation des êtres : ils marchent, ils respirent, ils parlent, ils sont vrais ») ne pouvait plus fonctionner : la réalité des milieux socialistes et prolétariens se dérobait devant le romancier : il lui fallait imaginer, reconstruire laborieusement un monde qui lui était étranger et que seuls  lui avaient rendu sympathique sa générosité personnelle et l’enthousiasme d’un tribun glorieux. 

Ce travail, il ne pouvait le faire seul : dans sa quête de documentation, il fut largement secondé par  un militant communiste, instituteur de profession, qu’il rencontra à Cassis en 1933 : Marcel Lallemand. Voici le portrait qu’il trace de ce Mentor, dans une lettre à Jean Guéhenno, de décembre 1934, comme un enfant détenteur d’un trésor venu d’une autre planète : « J’ai depuis 2 ans un ami communiste : Marcel Lallemand. Retenez ce nom. L’homme est un admirable possédé. Communiste de fait, d’action, dès avant la guerre (pendant laquelle il a plusieurs fois risqué sa  peau, pas pour la patrie, pour la Cause…) Il est instituteur. L’autodidacte  type, sans école, sans diplôme… »
 
C’est Marcel Lallemand, peint ainsi comme une sorte d’extra terrestre aux grandes capacités intellectuelles qui fut la principale source de renseignements de RMG sur le milieu ouvrier et la doctrine socialiste de l’immédiat avant-guerre. Et c’est à ce même  Lallemand que RMG avouait en 1936, alors que l’Eté 14 était presque achevé : «  Je traite un sujet auquel je n’entends rien, auquel je n’entendrai jamais rien, à moins de revivre une seconde vie dans la peau d’un révolutionnaire ou d’un prolétaire. J’ai commis la faute majeure, impardonnable : vouloir parler de ce qu’on ne sait pas, de ce qui ne s’apprend pas. » 

            En 1992 et 1993, parurent les 3 volumes du Journal de RMG, trois gros volumes, dont la rédaction s’étale entre 1896 et 1958,  très riches en nouveaux apports sur « l’homme et l’œuvre », comme on dit. On y chercherait en vain  une analyse en profondeur d’une œuvre ressortissant à la littérature prolétarienne. Les auteurs  s’y rattachant n’y sont qu’exceptionnellement et fugitivement mentionnés. Pourtant, ce journal est, la principale source d’informations sur les lectures de RMG, sur ce qu’il pensait de la littérature et du théâtre contemporains, de ses confrères, de leur art, de leurs engagements.  Or, il n’y est pratiquement jamais question d’auteurs comme Henri Barbusse ou Henri Poulaille à la génération desquels il appartenait, cadet de l’un et aîné de l’autre d’une dizaine d’années.  De même, sa très abondante correspondance (10 volumes publiés à ce jour) ne fait pas apparaître d’interlocuteur lié de près à la littérature prolétarienne, à l’exception notable d’Eugène Dabit ; RMG entretint, entre 1927 et 1936 (année de la mort de Dabit)  une abondante correspondance avec l’auteur de  L’Hôtel du Nord,  qui appartenait au courant de la « littérature prolétarienne », défini par Henri Poulaille dans les années 30. Cette correspondance dura jusqu’à la mort de Dabit, en 1936, mais il y était beaucoup plus question  d’esthétique romanesque et de questions éditoriales que  de  problèmes  sociaux ou politiques.  RMG, dont la fidélité en amitié était proverbiale,  se souciait peu des origines et des engagements de ses amis.

Pourtant, au retour de la guerre, qu’il avait faite courageusement mais au prix de terribles souffrances morales, RMG croyait,  comme beaucoup, que la  toute jeune révolution russe allait à la fois régler la question sociale et instaurer la paix universelle pour le plus grand bien  des masses laborieuses. C’est ainsi  qu’en août 1919, il déclare à son jeune cousin Maurice Martin du Gard, qui consignera plus tard le propos dans ses Mémorables : « C’est magnifique, ce que nous allons vivre. Cet après guerre ! Quel renouveau ! Le vent souffle de l’Est, il apporte la Liberté ! » Cet enthousiasme lui est de toute évidence transmis par la Révolution d’octobre. Il fut loin d’être le seul intellectuel à croire, quelque temps, aux « lendemains qui chantent », mais, contrairement à Gide, dont il fut l’ami et le correspondant de 1913 à 1951 (année de la mort de Gide)  il n’alla jamais jusqu’à l’adhésion au Parti communiste. Ni à aucun autre. Il  déplora d’ailleurs l’engouement  de son illustre ami pour le marxisme, sentant bien que la présence de cet intellectuel  brillant et primesautier détonait au sein de la classe ouvrière : la photo de Gide, point levé, au premier rang d’une manifestation au temps du Front populaire, fut ainsi commentée par RMG : « Une bien belle photo, mais la photo même du contresens. » On appréciera , à ce sujet, l’ironie cinglante de l’ « alter ego » de RMG , Marcel de Coppet, son ami de jeunesse et futur gendre, qui, en 1922, lui écrit : « Alors, soyons donc bolchevistes, préparons la guerre moderne, non pas la guerre surannée d’Etat à Etat, mais la bonne guerre sociale, de classe à classe où les gueux qui n’ont rien feront appel à la force pour déposséder ceux qui possèdent…Quelle figure feras-tu dans cette société nouvelle, toi, capitaliste et artiste, où il n y aura place ni pour les riches ni pour les intellectuels ? Tu tendras le dos pour laisser tondre ta laine. Vas-y, pauvre couillon, on dirait que le dos te démange….. Je m’échauffe, cher vieux, mais tes rêveries me tapent horriblement sur les nerfs. Décidément, il vaut mieux que nous ne parlions pas politique. (Journal, t.2, p.1245)….

Malgré cet avertissement ironique, Martin du Gard conserva cette sympathie instinctive (même si elle resta théorique et littéraire) pour la classe ouvrière des villes,  en laquelle il voyait l’avenir de la France – il crut au Front populaire-  tandis qu’il n’avait que répulsion pour la  mentalité des paysans, pauvres ou aisés, férocement décrits dans un bref recueil composé en 1932 : Vieille France. Ce recueil de « croquis villageois » était pour son auteur l’antithèse d’une future « Jeune France » à écrire,  description de la puissance en marche de la classe ouvrière  urbaine, dont il aurait voulu décrire l’ascension et l’espoir qu’elle représentait…Dans son esprit, Martin du Gard prenait parti pour Billancourt contre la Corrèze…
 
           Mais l’on n’échappe pas si facilement à ses racines. « Jeune France » ne verra jamais  le jour. Et la dernière œuvre, inachevée et posthume de Martin du Gard sera fondée sur l’artifice  suivant : les mémoires fictifs d’un vieil officier issu de la noblesse,  certes atypique par ses opinions républicaines, dreyfusardes et agnostiques, mais irréductible aristocrate de la pensée : les Souvenirs du Lieutenant Colonel de Maumort. Tout s’est donc passé comme si le déterminisme social et idéologique de sa naissance avait pesé toute la vie sur notre romancier, et que son œuvre entière eût été un exorcisme purement intellectuel pour se libérer de ce déterminisme, sans qu’il pût échapper à la tentation de revenir à ce qu’il connaissait le mieux : la haute bourgeoisie.

François Tézenal du Montcel


Passionné depuis l’adolescence par « Les Thibault », François Tézenas du Montcel, professeur de lettres agrégé de lettres, a vu cette passion  prendre de nouvelles dimensions en 1992 et 1993, lors de la parution  des trois gros volumes du Journal de Roger Martin du Gard. 

Entre 1994 et 2000, il a participé à plusieurs colloques sur RMG et consacré une thèse à « l’Esthétique narrative de RMG, genèse et problématique d’un pseudo-rationalisme d’après le Journal ».
Soutenue en 2000, cette thèse lui a permis d’enquêter au plus profond des textes intimes de RMG, ainsi que dans l’œuvre moins connue du prix Nobel 1937 (nouvelles, théâtre,  et le grand récit  inachevé, Maumort).
En septembre 2012, par le biais d’un colloque organisé à Sens par le « Centre supérieur de recherches sur la  littérature »,  sur « la littérature prolétarienne », François Tézenas du Montcel est revenu aux Thibault pour présenter une communication, intitulée « présence indirecte du prolétariat dans l’Eté 1914 », où il s’efforce de montrer par quelle voie un peu fortuite ce romancier réputé bourgeois a introduit dans le cours de son œuvre maîtresse une description documentée des milieux révolutionnaires et prolétariens à la veille du premier conflit mondial.

samedi 8 décembre 2012

André Malraux Lettres Choisies 1920-1976



Dans l'édition procurée par François de Saint-Cheron chez Gallimard, on recense pas moins de 15 lettres adressées à Roger Martin du Gard s'étendant d'octobre 1928 à octobre 1957.


p. 71    nrf Le 23 octobre 1928
p. 77    nrf Le 23 mai [1929]              à propos de « La Mort du Père ».
p. 117  nrf Juin 35                              à propos du « Temps du Mépris ».
p.123   Avril 1940                               à propos de « L’Epilogue ».
p. 129  Nice, 3 avril 1942
p. 131-132      La Souco-Roquebrune, [12 mai 42]

p. 135             Le 29 mars [1943]
p. 138-139-140           Samedi [Avril 1943]
p. 140  Le 17 juin [1943]                    à propos de « L’Epilogue ».
p. 161  Le 17 août [1946]

p. 220  Boulogne-sur-seine   Le 13 août 1950

p. 238-239      Boulogne-sur-Seine Jeudi                              (et lettre de RMG du 8 mars 51)
p. 243-245      Boulogne-sur-Seine Le 10/12/51

p. 263             Boulogne-sur-Seine Le 1er février [1956]     à propos de l'éditiondes  Eouvres Complètes de RMG dans La Pléiade.
p. 271  Boulogne-sur-Seine le 26 Oct 57                             à propos du Nobel de Camus

mardi 9 octobre 2012

Tables rondes à Athènes Eété 2012

A l’initiative de Mme Angeliki Triantafillou, professeur de français actuellement en Master 2 à la Sorbonne sur « RMG et Montaigne », L’Institut de Français d’Athènes a organisé une table ronde sur Roger Martin du Gard le 23 juin 1912 (organisée sous l’égide de la section Hellénique de l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques et de l’Institut Français d’Athènes). Participeront à cette table ronde : Frank Lestringant, (professeur de Littérature Française à l’Université Paris IV-Sorbonne, spécialiste d’André Gide, auteur de la récente biographie André Gide, L'inquiéteur), Charlotte Andrieux (chercheur, spécialiste de Roger Martin du Gard, secrétaire générale de l’Association des Amis de Roger Martin du Gard), G. Nikas (le traducteur des Thibault). Par ailleurs, La maison d’édition Hestia a également choisi d’organiser une table ronde/conférence de presse, au Domaine Merkouris à Pyrgos (Péloponnèse-Grèce) le 18 juin 2012, avec les mêmes intervenants, ainsi que Mme Angeliki Triantafillou.

Quelques images souvenirs ici :
http://www.youtube.com/watch?v=dwiB_1f1zgA

lundi 24 octobre 2011

Les Thibault - L'impossibe résumé

Une invitation à la lecture

Première partie (1 volume E.O 1922) : LE CAHIER GRIS

Une amitié, chaste mais exaltée, unit deux garçons de quatorze ans, élèves du même lycée : Jacques Thibault et Daniel de Fontanin. Leur correspondance, découverte par leurs maîtres, est jugée suspecte et ils sont menacés de renvoi. Jacques, indigné de cette suspicion et violent comme tous les Thibault, décide Daniel à s’enfuir avec lui pour tenter fortune au loin.

Jacques appartient à une famille de la bourgeoisie parisienne. Son père, Oscar Thibault, homme de bien, catholique intransigeant, est un despote, dont la sensibilité est étouffée par l’orgueil. Resté veuf après la naissance de son second fils, il s’est entièrement consacré à des œuvres sociales et religieuses qui lui ont valu la considération générale ; il s’est particulièrement occupé du relèvement de l’enfance coupable et il a fondé à Crouy un pénitencier modèle. Le fils aîné, Antoine Thibault, bien que de dix ans plus âgé que Jacques et déjà interne des hôpitaux, habite encore chez son père ; mais, très différent de M. Thibault (dont il juge sévèrement l’ostentation philanthropique et dont il supporte mal l’humeur autoritaire), il s’est détourné de la vie de famille pour se vouer avec passion à sa carrière de médecin. L’intérieur des Thibault est austère. La maison est tenue par une vieille fille dévouée et pusillanime , Mlle de Waize, qui fait depuis toujours partie de la famille ; elle y élève même une nièce à elle, orpheline qu’elle a recueillie, la petite Gise, de quatre ans moins âgée que Jacques, et que les deux frères ont adoptée comme une sœur cadette.

Daniel de Fontanin appartient à un milieu tout autre. Mme de Fontanin est une nature d’exception, généreuse, mystique. Constamment déçue par un mari infidèle (qu’elle aime, malgré tout, bien qu’il l’abandonne sans cesse pour courir de médiocres aventures), elle lutte, seule, afin d’élever dignement son fils et sa fille ; et elle puise dans sa vie spirituelle une telle sérénité, qu’elle tient tête avec une sorte d’allégresse aux déboires qui lui sont infligés. Le père, Jérôme, être séduisant et faible, gaspille ses dons naturels, et dilapide les restes de sa fortune en d’illusoires « affaires ». Quant à la petite sœur de Daniel, Jenny, d’un an plus jeune que lui, elle laisse déjà deviner, dans son regard trop réfléchi, une sensibilité complexe et orageuse, fort opposée à la nature heureuse de sa mère.

Cependant, l’escapade des deux collégiens a échoué. On les arrête près de Marseille ; on les ramène à Paris. Là, tandis que Mme de Fontanin accueille son fils repentant avec plus de tendresse que de reproche, M. Thibault reçoit Jacques comme un criminel, et décide pour « mater » définitivement l’insurgé, de le soumettre quelque temps au régime disciplinaire du pénitencier de Crouy.

Deuxième Partie (1 volume E.O 1922) : LE PENITENCIER

Plusieurs mois après, Jacques étant toujours incarcéré à Crouy, Antoine s’inquiète du sort de son frère et entreprend, à l’insu de M. Thibault, une enquête au pénitencier. Il obtient les aveux de l’enfant, et constate que le malheureux est sur la pente de la pire déchéance. M. Thibault ne se laisse pas convaincre et refuse de reprendre Jacques chez lui. Pour arracher au père la libération de son frère, Antoine doit faire intervenir l’abbé Vécard, confesseur de M. Thibault, et le seul qui qui ait quelque influence sur le vieillard.

Jacques revient donc à paris terminer ses études. Il habite avec Antoine, qui s’est chargé de veiller sur lui. Malgré la défense de M. Thibault, Jacques, avec la complicité d’Antoine, continue à fréquenter les Fontanin.

Troisième Partie (2 volumes E.O 1923) : LA BELLE SAISON

Cinq ans plus tard. Les enfants sont devenus de jeunes hommes. Daniel, qui se destine avec succès aux beaux-Arts, mène à paris une existence fort libre. Jacques vient d’être reçu à l’Ecole normale. Les Thibault et les Fontanin passent l’été à Maisons-Laffitte, où chacune des deux familles possède une propriété de vacances.

L’adolescence de Jacques, chaste, inquiète, est livrée à de confuses attractions. Il voit presque chaque jour Jenny de Fontanin : elle lui inspire depuis longtemps une curiosité ardente, douloureuse, tantôt proche de l’amour et tantôt de la haine. En même temps, les quinze ans de Gise, ne le laisse pas insensible ; et sa tendresse fraternelle se trouble par instants d’un sentiment moins pur. L’amitié de son frère Antoine ne lui est d’aucun appui : l’affection que Jacques témoigne à cet aîné de dix ans est sans abandon, souvent rageuse et jalouse.

D’ailleurs Antoine, en ce moment, se soucie peu de Jacques. Appelé par hasard au chevet d’une fillette blessée qu’il lui a fallu opérer d’urgence, il y a rencontré une belle aventurière dont il est devenu l’amant. Amour charnel et sans mesure, qui est pour Antoine une véritable initiation sentimentale et qui le transforme profondément. Mais cette flambée ne dure que quelques mois. Rachel s’arrache brusquement à la passion d’Antoine : elle fuit, pour rejoindre en Afrique un énigmatique forban, dont elle a été l’esclave, le souffre-douleur, et qui n’a cessé de la tenir sous son envoûtement.

Quatrième Partie (1 volume E.O 1928) : LA CONSULTATION

Trois nouvelles années ont passé. La consultation est le récit d’une journée d’Antoine, docteur déjà connu et pris tout entier par sa profession. Dans son cabinet défile une humanité pitoyable, vers laquelle il se penche avec passion. M. Thibault est mortellement atteint ; mais Antoine réussit à lui cacher la gravité de son état.

Quant à Jacques, il a disparu, et tout laisse supposer qu’il s’est suicidé mystérieusement à la veille d’entrer à l’Ecole Normale.

Cinquième Partie (1 volume E.O 1928 ) : LA SORELLINA

Cependant le hasard (une revue suisse qui vient de publier , sous un pseudonyme transparent, une longue nouvelle de Jacques : La Sorellina) révèle à Antoine que Jacques vit. Sous le masque de personnages italiens, Antoine reconnaît des portraits de son père, de lui-même, de tous ceux qui ont été mêlés à l’adolescence de Jacques ; puis, à peine transposé, le double amour de Jacques pour Gise et Jenny de Fontanin.

A l’aide ces pages autobiographiques et après une rapide enquête, Antoine comprend ce qui s’est passé : troublé par son double sentiment pour Jenny et pour Gise, outré du refus que lui avait opposé M. Thibault quand il lui avait demandé d’épouser Jenny, craignant aussi de soumettre, trois ans de suite, sa personnalité naissante au laminoir de l’Ecole normale, Jacques avait réalisé le projet d’évasion qui le gantait depuis sa quatorzième année ; il était parti pour la Tunisie ; puis après avoir connu de dures heures et couru bien des aventures, il était venu se fixer en Suisse, dans un milieu de révolutionnaires internationaux.

Antoine part aussitôt, rejoint son frère à Lausanne et le décide à revenir au chevet de leur père, qui va mourir.

Sixième Partie (1 volume E.O 1929) : LA MORT DU PERE

Pendant la courte absence d’Antoine, les femmes qui soignent M. Thibault appellent à son chevet son confesseur, l’abbé Vécard, dont les pieuses paroles réussissent à apaiser les angoisses du malade. L’état ne cesse de s’empirer ; et c’est un moribond qu’Antoine retrouve, lorsqu’il revient, avec Jacques, à Paris. Les crises d’urémie convulsive se succèdent, de plus en plus fréquentes, de plus en plus violentes. Après avoir, pendant deux jours et deux nuits, assisté impuissant à cette atroce agonie Antoine se décide à abréger, par une piqûre, ces souffrances inutiles.

Au cours des obsèques (dont M. Thibault avait d’avance réglé la pompe, et dont la cérémonie se déroule solennellement au pénitencier de Crouy – dernière et publique consécration vouée au « bien »), Antoine cherche à porter sur son père un jugement équitable. Les papiers personnels qu’il a trouvés dans le bureau de M. Thibault, lui ont fait découvrir toute une vie intime qu’il ne soupçonnait pas : la vie de M. Thibault semble n’avoir été qu’une longue, secrète et vaine lutte contre l’orgueil.

Gise, avertie par dépêche, est arrivée de Londres pour assister aux derniers moments. Elle ne savait pas que Jacques était retrouvé, revenu. Sa joie est de courte durée. Elle se heurte au mutisme cabré de Jacques ; il est devenu un étranger pour elle, pour tous. Il étouffe dans cette atmosphère de la maison paternelle ; et il ne songe qu’à rejoindre au plus tôt la Suisse.

Septième partie (3 volumes E.O 1936) : L’ETE 1914

Cette septième partie commence le 28 juin 1914, jour du meurtre de Sarajevo, et se termine le 10 août, neuvième jour de la guerre. Journée après journée, le lecteur assiste à cette lutte des forces de paix contre les forces de guerre, qui devait aboutir au conflit général d’août 1914.

Jacques est donc revenu à Genève. Il a repris sa place dans le groupe de révolutionnaires cosmopolites que dirige et anime un ancien aviateur, Meynestrel, l’énigmatique « Pilote ». C’est par lui que Jacques est envoyé à travers l’Europe pour y enquêter sur la politique secrète des Empires Centraux ; puis à Paris, pour y suivre de près les réactions françaises et la politique pacifiste des partis de gauche.

Là, il retrouve son frère Antoine, luxueusement installé dans la vie bourgeoise et parfaitement inconscient des menaces qui s’amoncellent sur l’Europe. Le heurt de leurs deux natures se poursuit, pendant tout le mois de juillet, en marge de la crise internationale.

Un accident – le suicide de Jérôme de Fontanin – a remis Antoine et Jacques en contact avec Mme de Fontanin, avec Jenny, avec Daniel. Un élan irrésistible – amour, orgueil, besoin de pardon – pousse Jacques à se disculper auprès de Jenny : explication passionnée, où fondent toutes les résistances qui les séparaient jadis, et où ils osent enfin s’avouer leur amour.

De ce jour-là, Jenny partage la vie haletante de Jacques parmi les militants pacifistes et le groupe socialiste de l’Humanité. Ensemble, ils sont témoins de l’assassinat de Jaurès ; et, après avoir vu sombrer successivement toutes les chances de conjurer la catastrophe, c’est ensemble qu’ils lisent sur les murs de Paris l’affiche de la mobilisation.

Jenny s’est donnée à Jacques. Elle l’accompagnera en Suisse ; où Jacques a résolu de fuir, afin d’y poursuivre par tous les moyens la lutte contre la guerre. Au dernier moment Jenny ne se décide pas à abandonner sa mère, et diffère son départ.

Alors, Jacques, emporté par son destin, s’éloigne seul. Il regagne Genève ; il revoit Meynestrel. Possédé par son idée fixe, dans une sorte d’état second, il met à exécution ce projet d’action individuelle, désespéré, chimérique et follement téméraire qui, devant l’écroulement de ses espérances et la trahison des chefs responsables, lui est apparu comme un ultime devoir ; l’unique moyen de servir à la fois la cause de la paix et celle de la révolution : adjurer les soldats des deux camps de jeter leurs armes et de fraterniser, avant que l’Europe entière ne soit happée par le tourbillon.

Le 10 août, à l’aube, il monte dans un avion piloté par Meynestrel, pour survoler le front d’Alsace, et semer sur les combattants des milliers de tracts pacifistes, français et allemands. Mais l’appareil capote, tombe dans les lignes françaises et s’enflamme. Meynestrel est carbonisé. Jacques, grièvement blessé, est pris pour un espion, et livré aux gendarmes d’une des divisions françaises qui battent en retraite. Agonisant, ballotté toute une journée sur une civière, il suit le recul désordonné des troupes, jusqu’au moment où il est abattu d’un coup de revolver par un des gendarmes qui le gardent et dont sa présence entrave la fuite.

Huitième et dernière partie (1 volume E.O 1939) : L’EPILOGUE

Dernières lignes du Journal d'Antoine :

Œdème des jambes. Grand temps, si je veux encore pouvoir. Tout est là, étendre la main, se décider. Ai lutté toute cette nuit.

Lundi, 18 novembre 1918.
37 ans, 4 mois , 9 jours.
Plus simple qu’on ne croit.
Jean-Paul.

mercredi 24 août 2011

Catherine Gide


La Fondation Catherine Gide met en ligne son nouveau site :  http://www.fondation-catherine-gide.org/

samedi 14 mai 2011

Roger Martin du Gard et Marc Allégret

Très belle vente d'Autographes & Manuscrits et de Livres anciens & Modernes à l' Hôtel Drouot-Richelieu mardi 17 mai 2011 (Pierre Bergé & associés).

Lot 143 :

Vingt-sept lettres autographes signées « Roger Martin du Gard » ou « R.M.G. », environ 47 pages in-8 : Nice, Antibes, Figeac, Roquefort, 1er octobre 1943/14 juin 1945.

Emouvante et intéressante correspondance relative à la grave maladie mettant en péril la vie de Nadine, femme de Marc Allégret, et à « l’universelle détresse » dans laquelle la guerre plonge la France.

Tout au long de ces missives, l’écrivain s’inquiète pour la santé de l’actrice Nadine Vogel (1917-1993), compagne du metteur en scène Marc Allégret. Le couple avait confié son enfant en bas âge à Madame Nolde, réfugiée dans le Lot pendant la guerre, et ce n’est que par elle que RGM parvient à obtenir des nouvelles de la malade dont les hauts et les bas lui inspirent les plus vives inquiétudes. « .... Chère Madame...Vous êtes notre seule source... Marc nous a dit, à son passage, que certains cas de ce genre avaient duré 8 à 10 mois avant d’aboutir à la guérison... Je suis confus de vous relancer ainsi... Je trouve tout naturel aussi que Marc ne puisse pas nous tenir régulièrement au courant, mais c’est bienp pénible de rester si longtemps sans rien savoir... ». « ... Marc m’ écrit que le Poussin (sa fille Danielle) est en bonne santé et profite au maximum de sa cure paysanne. Quelle sécurité pour eux de savoir la petite avec vous... Pauvre Marc, qui assiste, lucide et impuissant, à cet interminable débat contre la mort... C’est un grand repos d’esprit pour lui, et une grande consolation pour Nadine, de savoir le Poussin en si bonnes mains ! Ils sont,l’un et l’autre, obsédés par le rêve d’aller vous rejoindre un jour... ».

A Nice, de « ... formidables fortifications se dressent tout le long de la mer, c’est un mur continu, un travail de géants !... Ici la vie devient plus difficile chaque jour. Ne regrettez pas la somptueuse demeure de l’Horizon... devenue une succursale de l’enfer... Quelle sinistre époque...De quelque côté qu’on se tourne, on ne voit que des souffrances... ».

La presse évoque les menaces d’évacuation massive : « ... Beaucoup de gens sont pris de panique, et filent. C’est, je crois, le but réel de cette campagne énervante. J’ai peine à imaginer que l’on songe à évacuer de force des villes comme Marseille, Toulon, Cannes ou Nice... Mais on veut certainement... diminuer la densité de la population ; ce qui, au cours des événements éventuels, faciliterait le ravitaillement, le maintien de l’ordre, et les opérations militaires. Possible aussi qu’on souhaite récupérer beaucoup de locaux vides, pour y héberger les populations allemandes bombardées... Abandonner, en ce moment, tout ce qu’on possède ici, papiers, livres, provisions, stocks de pommes de terre, pour partir à l’aventure avec un sac au dos, serait une catastrophe... ».

Pourtant, lui et son épouse se réfugieront bientôt auprès de leur fille à Figeac, avant de louer un château délabré à quatorze kilomètres de la ville, expérience éprouvante : « ... on patauge dans le purin et les canards se soulagent dans le vestibule... nous avons du lait, et la cuisine en est transformée... Mais c’est l’ isolement total... un paradis « perdu »... Quel sale climat... et je suis déjà perclus de rhumatismes... ».

Apprenant qu’on bombarde Nice, il se dit tout honteux d’être parmi les privilégiés quand tant d’amis sont exposés, et s’inquiète pour le sort de ses livres, « ... un précieux instrument de travail qui me serait supprimé. D’autant que j’ai là-bas beaucoup de notes auxquelles je tiens... ».

Ce n’est qu’en décembre 1944, après deux mois de démarches, que l’écrivain quitte enfin le Lot, « ... ce pays hostile, cette population revêche, ce climat atroce, ce déluge continuel... », pour s’en retourner à Nice où, malgré les difficultés de tous ordres et les prodigieux événements se succédant à un rythme vertigineux, il peut à nouveau travailler tranquille et s’assurer un minimum d’équilibre.


vendredi 8 avril 2011

Roger Martin du Gard - " Un intellectuel libre "

Samedi 30 avril à 17h15 conférence par Charlotte Andrieux au Château de Maisons, à Maisons-Laffitte :