jeudi 27 décembre 2012
Olivier Barrot présente le Journal de RMG
Une vidéo de deux minutes : http://www.dailymotion.com/video/xfal4t_roger-martin-du-gard-journal_news
mercredi 26 décembre 2012
Correspondance André Malraux - RMG
Lettre à Roger Martin du Gard, le 19 sept. [1932]
Cher ami - Donc terminé " Vieille France "[...] c'est dans l'ensemble très dominé et et d'une belle autorité. Et maintenant pilulons :
a) Je n'aime pas le sous-titre [...]
b) Rien à dire jusqu'à la dernière partie, que je trouve plus faible [...] un peu trop de dialogue, je crois [...]
c) J'aimerais un ou deux paysans de plus [...]
Voilà. " Vous l'avez voulu. " [...]
Cher ami - Donc terminé " Vieille France "[...] c'est dans l'ensemble très dominé et et d'une belle autorité. Et maintenant pilulons :
a) Je n'aime pas le sous-titre [...]
b) Rien à dire jusqu'à la dernière partie, que je trouve plus faible [...] un peu trop de dialogue, je crois [...]
c) J'aimerais un ou deux paysans de plus [...]
Voilà. " Vous l'avez voulu. " [...]
lundi 24 décembre 2012
Correspondance André Malraux - RMG
A Roger Martin du Gard le 23 mai [1929]
Cher Monsieur,
Voilà quelque temps que j'ai reçu " La Mort du Père " [...] Littérairement, ce roman est aussi " juste "que les autres Thibault [...]
Objections : Oscar Thibault était-il si curieux de lui-même ? Cet homme actif s'analysait-il ainsi ? Objection née plutôt d'une réaction que de la réflexion, car j'obéis sans doute au préjudé des écrivains qui veulents être seuls à s'analyser (le terme est d'ailleurs un peu gros) [...] Enfin vous êtes juge [...] Jacques ne me semble pas (provisoirement) assez frappé par la mort de son père. Je sais qu'il ne l'aime pas, mais, sur un caractère comme le sien, la mort doit agir, me semble-t-il plus puissamment si elle est séparée de toute affection : elle n'en est que plus la mort [...]
Je pars pour la Perse le 18 juin. on discutera des " Conquérants " rue Visconti le 8 [...]
Cher Monsieur,
Voilà quelque temps que j'ai reçu " La Mort du Père " [...] Littérairement, ce roman est aussi " juste "que les autres Thibault [...]
Objections : Oscar Thibault était-il si curieux de lui-même ? Cet homme actif s'analysait-il ainsi ? Objection née plutôt d'une réaction que de la réflexion, car j'obéis sans doute au préjudé des écrivains qui veulents être seuls à s'analyser (le terme est d'ailleurs un peu gros) [...] Enfin vous êtes juge [...] Jacques ne me semble pas (provisoirement) assez frappé par la mort de son père. Je sais qu'il ne l'aime pas, mais, sur un caractère comme le sien, la mort doit agir, me semble-t-il plus puissamment si elle est séparée de toute affection : elle n'en est que plus la mort [...]
Je pars pour la Perse le 18 juin. on discutera des " Conquérants " rue Visconti le 8 [...]
Correspondance André Malraux - RMG
A Roger Martin du Gard, le 23 octobre 1928
Cher Monsieur,
Merci de votre aimable mot. Bien entendu, j'attache à votre opinion sur " Les Conquérants " assez d'importance pour ne pas vous tenir quitte. Il vaut mieux écrire " Les Thibault " que parler de mon livre, mais il vaut mieux parler de mon livre que de beaucoup d'autres.
J'espère aussi avoir le plaisir de vous revoir, ne fût-ce qu'à Pontigny.Vous voulez bien être curieux de la façon dont je vous y ai vu : comme un homme sûr*, dans tous les sens du terme [...]
* je ne dis pas : sûr de lui.
Cher Monsieur,
Merci de votre aimable mot. Bien entendu, j'attache à votre opinion sur " Les Conquérants " assez d'importance pour ne pas vous tenir quitte. Il vaut mieux écrire " Les Thibault " que parler de mon livre, mais il vaut mieux parler de mon livre que de beaucoup d'autres.
J'espère aussi avoir le plaisir de vous revoir, ne fût-ce qu'à Pontigny.Vous voulez bien être curieux de la façon dont je vous y ai vu : comme un homme sûr*, dans tous les sens du terme [...]
* je ne dis pas : sûr de lui.
mardi 11 décembre 2012
Présence indirecte du prolétariat dans L'Eté 1914
Roger Martin
du Gard parmi les auteurs évoqués à
propos de la « littérature prolétarienne » ? Voilà qui ne manquera pas de
surprendre. Si l’auteur des Thibault ne
cacha jamais sa sympathie pour un humanisme réputé « de gauche », il ne fut en
aucun cas un écrivain « engagé » ; en outre, ses origines, sa formation, son mode de vie et la plus grande partie de
son œuvre le rattachent sans aucun doute
à la culture et à la société les
plus bourgeoises qui soient. Fils d’avoué, gendre d’avocat, propriétaire d’un manoir dans le Perche,
diplômé de l’Ecole des Chartes, Martin du Gard
était le parfait prototype du grand bourgeois cultivé.
Alors,
pourquoi faire appel à lui ? Parce que,
malgré la brièveté de l’évocation du monde ouvrier dans l’avant-dernier
volume, l’Eté 1914 de son œuvre majeure,
Les Thibault, Roger Martin du Gard, à force d’efforts de documentation et
d’honnêteté intellectuelle, a su intégrer à sa saga romanesque un moment de l’histoire du prolétariat ou, plus exactement, du socialisme européen
avant 1914…
La brèche par
laquelle s’engouffra dans Les
Thibault la thématique prolétarienne ne
fut ni spontanée.ni préméditée. Martin
du Gard s’était immergé dans ce roman dès 1920, et avait constitué, en moins d’un an, le plan
minutieux d’une intrigue-fleuve qui
devait mener le récit de 1904 aux années
40, à travers la destinée de deux frères d’origine bourgeoise, Antoine et
Jacques Thibault soumis depuis toujours
à la tyrannie d’un père riche et
ultra bien-pensant et contre la férule duquel chacun regimbait, suivant
des voies très différentes. Il fallut
un accident de voiture, le 1er janvier 1931, des blessures sérieuses, et une
longue immobilisation pour que le romancier réfléchît aux dimensions trop gigantesques de son roman. D’ailleurs son
entourage (qu’il consultait volontiers)
le mettait en garde contre une dérive « feuilletonnesque » de son
ouvrage. Il apporta donc au plan initial plusieurs modifications décisives :
1918 serait la date de clôture définitive de sa chronologie. Les deux frères
mourraient à la guerre, le cadet tué en
première ligne dès août 1914 et l’aîné des suites d’un « gazage » en
1918 alors qu’initialement Antoine devait vivre bien plus longtemps. Et
Jacques - – dans un ultime avatar fictionnel -
au lieu d’être tué au front,
trouverait une mort héroïque en déserteur, abattu au cours d’une
mission aérienne pacifiste consistant à lancer des tracts sur le front,
pour inciter les masses ouvrières mobilisées
à fraterniser. Le pacifisme de Jacques
rejoignait celui de Jaurès, dont l’assassinat est, d’ailleurs, brièvement décrit dans le roman. Jaurès était un leader que RMG admirait et
dans lequel il voyait – à tort – le seul représentant de l’idéal socialiste international d’avant
la révolution russe.
C’est Jacques
Thibault, le plus jeune des deux frères, qui sera le truchement entre les deux
univers antagonistes : bourgeoisie et classe ouvrière Fils de grand bourgeois, Jacques Thibault présente néanmoins
un trait caractéristique du « miséreux » : c’est un errant par nature, toujours
dépaysé. Le vagabond-poète (Jacques adolescent est l’un et l’autre) est une
figure de la contestation sociale, un « gueux de la pensée ». Jacques Thibault,
dont on fait la connaissance au début du roman « in medias res », est alors en
fugue, entre Paris et Marseille d’où il souhaite partir clandestinement pour
l’Afrique. Il a 14 ans. Son parcours
ultérieur sera jalonné d’errances, jusqu’au seuil de l’Eté 14. L’errance et les
dons intellectuels sont les deux critères du réfractaire à la fois subversif et
idéaliste, et ce n’est pas par hasard qu’un exégète a vu dans Jacques Thibault un avatar fictif
d’Arthur Rimbaud.
Avec la césure de 1931, dont nous avons parlé, RMG crée une rupture de construction complète dans la trame narrative. Le récit de L’Eté 1914 commence à Genève, Au début de L’Eté 1914, le lecteur comprend rapidement que Jacques est devenu un membre actif de l’Internationale socialiste, et qu’il milite pour la révolution prolétarienne, au sein d’un groupe cosmopolite de jeunes exilés. Ainsi, l’enfant terrible du premier volume des Thibault s’accomplissait-il en militant révolutionnaire et pacifiste. Bien évidemment, il n’était pas pour autant devenu un prolétaire, si grande que fût sa sympathie pour les déshérités.
En vérité
Jacques, et ses compagnons de militantisme s’illustrent essentiellement par des
discours, dialogues, débats et écrits
théoriques qui l’emportent largement sur une description concrète de la condition
prolétarienne. L’aisance que RMG manifestait pour créer des personnages dans
les 4 premiers volumes fait place à un labeur de tâcheron pour camper des silhouettes issues
du peuple des « travailleurs ». Martin du Gard (et son personnage Jacques
Thibault) évoquent le monde ouvrier par
une logorrhée doctrinaire probablement
destinée à pallier la méconnaissance réelle du romancier par rapport au monde du travail. D’ailleurs,
par un clin d’œil moins anodin qu’il n’y
parait, le local où se réunissent les
jeunes socialistes révolutionnaires, à Genève, est ironiquement baptisé « La
Parlote ». L’Eté 1914 est presque exclusivement un roman de la parole théorique et du
discours non agissant.
Jacques
Thibault est un intellectuel idéaliste.
Un lyrique qui agit et surtout parle en utopiste didactique. Utopiste,
car sa vision de la Révolution est fondée sur la croyance dans le progrès de la
nature humaine et dans la force collective d’un prolétariat international uni ;
didactique, car, même si le lecteur devine qu’il a vécu des aventures dans les
milieux les plus interlopes, lorsqu’il
parle de ses expériences – à son frère ou à Jenny, sa « fiancée » - c’est en témoin, presque en
enseignant qui fait un cours :
les termes dans lesquels il décrit la classe ouvrière sont très réalistes, et
précis, mais c’est un discours qu’il tient à
Jenny, qu’il aime depuis l’adolescence et qui, elle aussi, est issue de
la grande bourgeoisie parisienne. (Eté
1914, coll. Pléiade, p.345).
En ce qui
concerne les figures romanesques issues du prolétariat, force est bien d’avouer
qu’elles sont quasiment inexistantes, non seulement dans l’Eté 1914, mais dans
l’ensemble des huit volumes du roman.Dans les volumes précédant l’Eté 1914, le
prolétariat est totalement absent, à l’exception de deux jeunes Parisiens,
orphelins, soignés bénévolement par Antoine et des deux « bonnes » de la
famille Thibault. Autant dire que ni les uns ni les autres n’ont de conscience
de classe, attachés qu’ils sont par des liens d’affection à leur bienfaiteur,
Antoine Thibault qui reprend inconsciemment, le rôle de son père, fondateur
d’une institution au nom révélateur d’ « Œuvre de préservation sociale ». Ces
faux prolétaires sont plus des personnages illustrant la « charité » des
possédants que des individus dotés d’une conscience de classe.
Martin du Gard
a mis en scène, dans le volume qui nous occupe, des marginaux et des révoltés
qui parlent du prolétariat, se vouent à sa cause sans en être directement issus. Tout se passe comme si les militants
révolutionnaires, auxquels Jacques s’est agrégé à Genève, avaient tous plus ou
moins suivi le même itinéraire que le protagoniste. De jeunes bourgeois, en
rupture avec leurs familles, ou des aventuriers aux mille métiers, comme le
personnage de Quilleuf, pittoresque, certes, mais que l’on ne saurait
identifier comme un véritable prolétaire.
Il s’illustre, lui aussi, par un discours haut en couleurs : il y décrit
son enfance malheureuse avec une verve pittoresque, certes, mais ce n’en est
pas moins un récit a posteriori (Eté 14, p. 43…..). Le seul véritable
prolétaire serait le personnage de Mourlan, vieil ouvrier typographe, rédacteur
d’une feuille socialiste et pacifiste, mais là encore, c’est un homme d’écrit
et de théorie.
Martin du Gard
avait une vision purement humaniste du socialisme et de la lutte des classes.
De plus, il ne séparait pas cet humanisme d’un pacifisme intégral. Une vision
idéaliste et jaurésienne, qui ne correspondait pas à la réalité historique ; s’en rendant
compte, sous les conseils de quelques consultants mieux ancrés dans le monde
ouvrier, il tomba dans l’excès inverse
en faisant du personnage de Meynestrel, leader des révolutionnaires regroupés à
Genève- un théoricien cynique, en fait un nihiliste désespéré masquant ce désespoir
sous un militantisme destructeur : d’ailleurs, lui non plus n’était pas un
prolétaire d’origine, mais un ingénieur dans l’aviation, qui pilotera Jacques
dans leur vol suicidaire « au dessus de la mêlée », début septembre 1914 . Il est d’ailleurs amusant de noter que ce
personnage fut inspiré à RMG par le physique et la gestuelle du jeune André
Malraux, que RMG avait rencontré pour la première fois en 1928.
C’est que,
pour décrire les milieux prolétariens et les milieux socialistes, Martin du
Gard n’avait plus du tout son milieu comme exemple ; et ses ressources personnelles se réduisaient à l’admiration sans nuance pour l’idéalisme de
Jaurès, qui met l’accent sur les valeurs morales : et c’est sur cet exemple
qu’il a conçu le personnage de Jacques, révolutionnaire incapable de renoncer
aux valeurs « humanistes » et donc, pour certains de ses amis, « bourgeoises ».
Or, au fur et à mesure qu’il se documentait,
l’esthétique narrative simple qui avait été la sienne (« la simple
représentation des êtres : ils marchent, ils respirent, ils parlent, ils sont
vrais ») ne pouvait plus fonctionner : la réalité des milieux socialistes et
prolétariens se dérobait devant le romancier : il lui fallait imaginer,
reconstruire laborieusement un monde qui lui était étranger et que seuls lui avaient rendu sympathique sa générosité
personnelle et l’enthousiasme d’un tribun glorieux.
Ce travail, il
ne pouvait le faire seul : dans sa quête de documentation, il fut largement
secondé par un militant communiste,
instituteur de profession, qu’il rencontra à Cassis en 1933 : Marcel Lallemand.
Voici le portrait qu’il trace de ce Mentor, dans une lettre à Jean Guéhenno, de
décembre 1934, comme un enfant détenteur d’un trésor venu d’une autre planète :
« J’ai depuis 2 ans un ami communiste : Marcel Lallemand. Retenez ce nom.
L’homme est un admirable possédé. Communiste de fait, d’action, dès avant la
guerre (pendant laquelle il a plusieurs fois risqué sa peau, pas pour la patrie, pour la Cause…) Il
est instituteur. L’autodidacte type,
sans école, sans diplôme… »
C’est Marcel
Lallemand, peint ainsi comme une sorte d’extra terrestre aux grandes capacités
intellectuelles qui fut la principale source de renseignements de RMG sur le
milieu ouvrier et la doctrine socialiste de l’immédiat avant-guerre. Et c’est à
ce même Lallemand que RMG avouait en
1936, alors que l’Eté 14 était presque achevé : « Je traite un sujet auquel je n’entends rien,
auquel je n’entendrai jamais rien, à moins de revivre une seconde vie dans la
peau d’un révolutionnaire ou d’un prolétaire. J’ai commis la faute majeure,
impardonnable : vouloir parler de ce qu’on ne sait pas, de ce qui ne s’apprend
pas. »
En 1992 et 1993, parurent les 3
volumes du Journal de RMG, trois gros volumes, dont la rédaction s’étale entre
1896 et 1958, très riches en nouveaux
apports sur « l’homme et l’œuvre », comme on dit. On y chercherait en vain une analyse en profondeur d’une œuvre
ressortissant à la littérature prolétarienne. Les auteurs s’y rattachant n’y sont qu’exceptionnellement
et fugitivement mentionnés. Pourtant, ce journal est, la principale source
d’informations sur les lectures de RMG, sur ce qu’il pensait de la littérature
et du théâtre contemporains, de ses confrères, de leur art, de leurs
engagements. Or, il n’y est pratiquement
jamais question d’auteurs comme Henri Barbusse ou Henri Poulaille à la
génération desquels il appartenait, cadet de l’un et aîné de l’autre d’une
dizaine d’années. De même, sa très
abondante correspondance (10 volumes publiés à ce jour) ne fait pas apparaître
d’interlocuteur lié de près à la littérature prolétarienne, à l’exception
notable d’Eugène Dabit ; RMG entretint, entre 1927 et 1936 (année de la mort de
Dabit) une abondante correspondance avec
l’auteur de L’Hôtel du Nord, qui appartenait au courant de la «
littérature prolétarienne », défini par Henri Poulaille dans les années 30.
Cette correspondance dura jusqu’à la mort de Dabit, en 1936, mais il y était
beaucoup plus question d’esthétique
romanesque et de questions éditoriales que
de problèmes sociaux ou politiques. RMG, dont la fidélité en amitié était
proverbiale, se souciait peu des
origines et des engagements de ses amis.
Pourtant, au
retour de la guerre, qu’il avait faite courageusement mais au prix de terribles
souffrances morales, RMG croyait, comme
beaucoup, que la toute jeune révolution
russe allait à la fois régler la question sociale et instaurer la paix
universelle pour le plus grand bien des
masses laborieuses. C’est ainsi qu’en
août 1919, il déclare à son jeune cousin Maurice Martin du Gard, qui consignera
plus tard le propos dans ses Mémorables : « C’est magnifique, ce que nous
allons vivre. Cet après guerre ! Quel renouveau ! Le vent souffle de l’Est, il
apporte la Liberté ! » Cet enthousiasme lui est de toute évidence transmis par
la Révolution d’octobre. Il fut loin d’être le seul intellectuel à croire,
quelque temps, aux « lendemains qui chantent », mais, contrairement à Gide,
dont il fut l’ami et le correspondant de 1913 à 1951 (année de la mort de
Gide) il n’alla jamais jusqu’à
l’adhésion au Parti communiste. Ni à aucun autre. Il déplora d’ailleurs l’engouement de son illustre ami pour le marxisme, sentant
bien que la présence de cet intellectuel
brillant et primesautier détonait au sein de la classe ouvrière : la
photo de Gide, point levé, au premier rang d’une manifestation au temps du
Front populaire, fut ainsi commentée par RMG : « Une bien belle photo, mais la
photo même du contresens. » On appréciera , à ce sujet, l’ironie cinglante de l’
« alter ego » de RMG , Marcel de Coppet, son ami de jeunesse et futur gendre,
qui, en 1922, lui écrit : « Alors, soyons donc bolchevistes, préparons la
guerre moderne, non pas la guerre surannée d’Etat à Etat, mais la bonne guerre
sociale, de classe à classe où les gueux qui n’ont rien feront appel à la force
pour déposséder ceux qui possèdent…Quelle figure feras-tu dans cette société
nouvelle, toi, capitaliste et artiste, où il n y aura place ni pour les riches
ni pour les intellectuels ? Tu tendras le dos pour laisser tondre ta laine.
Vas-y, pauvre couillon, on dirait que le dos te démange….. Je m’échauffe, cher
vieux, mais tes rêveries me tapent horriblement sur les nerfs. Décidément, il
vaut mieux que nous ne parlions pas politique. (Journal, t.2, p.1245)….
Malgré cet
avertissement ironique, Martin du Gard conserva cette sympathie instinctive
(même si elle resta théorique et littéraire) pour la classe ouvrière des
villes, en laquelle il voyait l’avenir
de la France – il crut au Front populaire-
tandis qu’il n’avait que répulsion pour la mentalité des paysans, pauvres ou aisés,
férocement décrits dans un bref recueil composé en 1932 : Vieille France. Ce
recueil de « croquis villageois » était pour son auteur l’antithèse d’une
future « Jeune France » à écrire,
description de la puissance en marche de la classe ouvrière urbaine, dont il aurait voulu décrire
l’ascension et l’espoir qu’elle représentait…Dans son esprit, Martin du Gard
prenait parti pour Billancourt contre la Corrèze…
Mais l’on n’échappe pas si facilement à ses racines. « Jeune France » ne verra jamais le jour. Et la dernière œuvre, inachevée et posthume de Martin du Gard sera fondée sur l’artifice suivant : les mémoires fictifs d’un vieil officier issu de la noblesse, certes atypique par ses opinions républicaines, dreyfusardes et agnostiques, mais irréductible aristocrate de la pensée : les Souvenirs du Lieutenant Colonel de Maumort. Tout s’est donc passé comme si le déterminisme social et idéologique de sa naissance avait pesé toute la vie sur notre romancier, et que son œuvre entière eût été un exorcisme purement intellectuel pour se libérer de ce déterminisme, sans qu’il pût échapper à la tentation de revenir à ce qu’il connaissait le mieux : la haute bourgeoisie.
Libellés :
François Tézenas du Montcel,
L'Eté 1914,
Prolétariat
François Tézenal du Montcel
Passionné depuis l’adolescence
par « Les Thibault »,
François Tézenas du Montcel, professeur de lettres agrégé de lettres, a vu
cette passion prendre de nouvelles
dimensions en 1992 et 1993, lors de la parution
des trois gros volumes du Journal de Roger Martin du Gard.
Entre
1994 et 2000, il a participé à plusieurs colloques sur RMG et consacré une
thèse à « l’Esthétique narrative de
RMG, genèse et problématique d’un pseudo-rationalisme d’après le Journal ».
Soutenue
en 2000, cette thèse lui a permis d’enquêter au plus profond des textes intimes
de RMG, ainsi que dans l’œuvre moins connue du prix Nobel 1937 (nouvelles,
théâtre, et le grand récit inachevé, Maumort).
En
septembre 2012, par le biais d’un colloque organisé à Sens par le « Centre
supérieur de recherches sur la littérature », sur « la littérature
prolétarienne », François Tézenas du Montcel est revenu aux Thibault pour présenter une communication, intitulée « présence indirecte du prolétariat dans l’Eté 1914 », où
il s’efforce de montrer par quelle voie un peu fortuite ce romancier réputé
bourgeois a introduit dans le cours de son œuvre maîtresse une description
documentée des milieux révolutionnaires et prolétariens à la veille du premier
conflit mondial.
Libellés :
François Tézenas du Montcel,
L'Eté 1914,
Prolétariat
samedi 8 décembre 2012
André Malraux Lettres Choisies 1920-1976
Dans l'édition procurée par François de Saint-Cheron chez Gallimard, on recense pas moins de 15 lettres adressées à Roger Martin du Gard s'étendant d'octobre 1928 à octobre 1957.
p. 71 nrf Le 23 octobre 1928
p. 77 nrf Le 23 mai [1929] à propos de « La Mort du Père ».
p. 117 nrf Juin 35 à
propos du « Temps du Mépris ».
p.123 Avril 1940 à
propos de « L’Epilogue ».
p. 129 Nice, 3 avril 1942
p. 131-132 La Souco-Roquebrune, [12 mai 42]
p. 135 Le 29 mars [1943]
p. 138-139-140 Samedi [Avril 1943]
p. 140 Le 17 juin [1943] à propos de « L’Epilogue ».
p. 161 Le 17 août [1946]p. 220 Boulogne-sur-seine Le 13 août 1950
p. 238-239 Boulogne-sur-Seine Jeudi (et
lettre de RMG du 8 mars 51)
p. 243-245 Boulogne-sur-Seine Le 10/12/51mardi 9 octobre 2012
Tables rondes à Athènes Eété 2012
A l’initiative de Mme Angeliki Triantafillou, professeur de français actuellement en Master 2 à la Sorbonne sur « RMG et Montaigne », L’Institut de Français d’Athènes a organisé une table ronde sur Roger Martin du Gard le 23 juin 1912 (organisée sous l’égide de la section Hellénique de l’Association des Membres de l’Ordre des
Palmes Académiques et de l’Institut Français d’Athènes). Participeront à cette table ronde : Frank Lestringant, (professeur de Littérature Française à l’Université Paris IV-Sorbonne, spécialiste d’André Gide, auteur de la récente biographie André Gide, L'inquiéteur), Charlotte Andrieux (chercheur, spécialiste de Roger Martin du Gard, secrétaire générale de l’Association des Amis de Roger Martin du Gard), G. Nikas (le traducteur des Thibault). Par ailleurs, La maison d’édition Hestia a également choisi d’organiser une table ronde/conférence de presse, au Domaine Merkouris à Pyrgos (Péloponnèse-Grèce) le 18 juin 2012, avec les mêmes intervenants, ainsi que Mme Angeliki Triantafillou.
Quelques images souvenirs ici :
http://www.youtube.com/watch?v=dwiB_1f1zgA
Quelques images souvenirs ici :
http://www.youtube.com/watch?v=dwiB_1f1zgA
lundi 24 octobre 2011
Première partie (1 volume E.O 1922) : LE CAHIER GRIS
Une amitié, chaste mais exaltée, unit deux garçons de quatorze ans, élèves du même lycée : Jacques Thibault et Daniel de Fontanin. Leur correspondance, découverte par leurs maîtres, est jugée suspecte et ils sont menacés de renvoi. Jacques, indigné de cette suspicion et violent comme tous les Thibault, décide Daniel à s’enfuir avec lui pour tenter fortune au loin.
Jacques appartient à une famille de la bourgeoisie parisienne. Son père, Oscar Thibault, homme de bien, catholique intransigeant, est un despote, dont la sensibilité est étouffée par l’orgueil. Resté veuf après la naissance de son second fils, il s’est entièrement consacré à des œuvres sociales et religieuses qui lui ont valu la considération générale ; il s’est particulièrement occupé du relèvement de l’enfance coupable et il a fondé à Crouy un pénitencier modèle. Le fils aîné, Antoine Thibault, bien que de dix ans plus âgé que Jacques et déjà interne des hôpitaux, habite encore chez son père ; mais, très différent de M. Thibault (dont il juge sévèrement l’ostentation philanthropique et dont il supporte mal l’humeur autoritaire), il s’est détourné de la vie de famille pour se vouer avec passion à sa carrière de médecin. L’intérieur des Thibault est austère. La maison est tenue par une vieille fille dévouée et pusillanime , Mlle de Waize, qui fait depuis toujours partie de la famille ; elle y élève même une nièce à elle, orpheline qu’elle a recueillie, la petite Gise, de quatre ans moins âgée que Jacques, et que les deux frères ont adoptée comme une sœur cadette.
Daniel de Fontanin appartient à un milieu tout autre. Mme de Fontanin est une nature d’exception, généreuse, mystique. Constamment déçue par un mari infidèle (qu’elle aime, malgré tout, bien qu’il l’abandonne sans cesse pour courir de médiocres aventures), elle lutte, seule, afin d’élever dignement son fils et sa fille ; et elle puise dans sa vie spirituelle une telle sérénité, qu’elle tient tête avec une sorte d’allégresse aux déboires qui lui sont infligés. Le père, Jérôme, être séduisant et faible, gaspille ses dons naturels, et dilapide les restes de sa fortune en d’illusoires « affaires ». Quant à la petite sœur de Daniel, Jenny, d’un an plus jeune que lui, elle laisse déjà deviner, dans son regard trop réfléchi, une sensibilité complexe et orageuse, fort opposée à la nature heureuse de sa mère.
Cependant, l’escapade des deux collégiens a échoué. On les arrête près de Marseille ; on les ramène à Paris. Là, tandis que Mme de Fontanin accueille son fils repentant avec plus de tendresse que de reproche, M. Thibault reçoit Jacques comme un criminel, et décide pour « mater » définitivement l’insurgé, de le soumettre quelque temps au régime disciplinaire du pénitencier de Crouy.
Libellés :
Le cahier gris,
Résumé des Thibault
Deuxième Partie (1 volume E.O 1922) : LE PENITENCIER
Plusieurs mois après, Jacques étant toujours incarcéré à Crouy, Antoine s’inquiète du sort de son frère et entreprend, à l’insu de M. Thibault, une enquête au pénitencier. Il obtient les aveux de l’enfant, et constate que le malheureux est sur la pente de la pire déchéance. M. Thibault ne se laisse pas convaincre et refuse de reprendre Jacques chez lui. Pour arracher au père la libération de son frère, Antoine doit faire intervenir l’abbé Vécard, confesseur de M. Thibault, et le seul qui qui ait quelque influence sur le vieillard.
Jacques revient donc à paris terminer ses études. Il habite avec Antoine, qui s’est chargé de veiller sur lui. Malgré la défense de M. Thibault, Jacques, avec la complicité d’Antoine, continue à fréquenter les Fontanin.
Libellés :
Le pénitencier,
Résumé des Thibault
Troisième Partie (2 volumes E.O 1923) : LA BELLE SAISON
Cinq ans plus tard. Les enfants sont devenus de jeunes hommes. Daniel, qui se destine avec succès aux beaux-Arts, mène à paris une existence fort libre. Jacques vient d’être reçu à l’Ecole normale. Les Thibault et les Fontanin passent l’été à Maisons-Laffitte, où chacune des deux familles possède une propriété de vacances.
L’adolescence de Jacques, chaste, inquiète, est livrée à de confuses attractions. Il voit presque chaque jour Jenny de Fontanin : elle lui inspire depuis longtemps une curiosité ardente, douloureuse, tantôt proche de l’amour et tantôt de la haine. En même temps, les quinze ans de Gise, ne le laisse pas insensible ; et sa tendresse fraternelle se trouble par instants d’un sentiment moins pur. L’amitié de son frère Antoine ne lui est d’aucun appui : l’affection que Jacques témoigne à cet aîné de dix ans est sans abandon, souvent rageuse et jalouse.
D’ailleurs Antoine, en ce moment, se soucie peu de Jacques. Appelé par hasard au chevet d’une fillette blessée qu’il lui a fallu opérer d’urgence, il y a rencontré une belle aventurière dont il est devenu l’amant. Amour charnel et sans mesure, qui est pour Antoine une véritable initiation sentimentale et qui le transforme profondément. Mais cette flambée ne dure que quelques mois. Rachel s’arrache brusquement à la passion d’Antoine : elle fuit, pour rejoindre en Afrique un énigmatique forban, dont elle a été l’esclave, le souffre-douleur, et qui n’a cessé de la tenir sous son envoûtement.
Libellés :
La belle saison,
Résumé des Thibault
Quatrième Partie (1 volume E.O 1928) : LA CONSULTATION
Trois nouvelles années ont passé. La consultation est le récit d’une journée d’Antoine, docteur déjà connu et pris tout entier par sa profession. Dans son cabinet défile une humanité pitoyable, vers laquelle il se penche avec passion. M. Thibault est mortellement atteint ; mais Antoine réussit à lui cacher la gravité de son état.
Quant à Jacques, il a disparu, et tout laisse supposer qu’il s’est suicidé mystérieusement à la veille d’entrer à l’Ecole Normale.
Libellés :
La consultation,
Résumé des Thibault
Cinquième Partie (1 volume E.O 1928 ) : LA SORELLINA
Cependant le hasard (une revue suisse qui vient de publier , sous un pseudonyme transparent, une longue nouvelle de Jacques : La Sorellina) révèle à Antoine que Jacques vit. Sous le masque de personnages italiens, Antoine reconnaît des portraits de son père, de lui-même, de tous ceux qui ont été mêlés à l’adolescence de Jacques ; puis, à peine transposé, le double amour de Jacques pour Gise et Jenny de Fontanin.
A l’aide ces pages autobiographiques et après une rapide enquête, Antoine comprend ce qui s’est passé : troublé par son double sentiment pour Jenny et pour Gise, outré du refus que lui avait opposé M. Thibault quand il lui avait demandé d’épouser Jenny, craignant aussi de soumettre, trois ans de suite, sa personnalité naissante au laminoir de l’Ecole normale, Jacques avait réalisé le projet d’évasion qui le gantait depuis sa quatorzième année ; il était parti pour la Tunisie ; puis après avoir connu de dures heures et couru bien des aventures, il était venu se fixer en Suisse, dans un milieu de révolutionnaires internationaux.
Antoine part aussitôt, rejoint son frère à Lausanne et le décide à revenir au chevet de leur père, qui va mourir.
Sixième Partie (1 volume E.O 1929) : LA MORT DU PERE
Pendant la courte absence d’Antoine, les femmes qui soignent M. Thibault appellent à son chevet son confesseur, l’abbé Vécard, dont les pieuses paroles réussissent à apaiser les angoisses du malade. L’état ne cesse de s’empirer ; et c’est un moribond qu’Antoine retrouve, lorsqu’il revient, avec Jacques, à Paris. Les crises d’urémie convulsive se succèdent, de plus en plus fréquentes, de plus en plus violentes. Après avoir, pendant deux jours et deux nuits, assisté impuissant à cette atroce agonie Antoine se décide à abréger, par une piqûre, ces souffrances inutiles.
Au cours des obsèques (dont M. Thibault avait d’avance réglé la pompe, et dont la cérémonie se déroule solennellement au pénitencier de Crouy – dernière et publique consécration vouée au « bien »), Antoine cherche à porter sur son père un jugement équitable. Les papiers personnels qu’il a trouvés dans le bureau de M. Thibault, lui ont fait découvrir toute une vie intime qu’il ne soupçonnait pas : la vie de M. Thibault semble n’avoir été qu’une longue, secrète et vaine lutte contre l’orgueil.
Gise, avertie par dépêche, est arrivée de Londres pour assister aux derniers moments. Elle ne savait pas que Jacques était retrouvé, revenu. Sa joie est de courte durée. Elle se heurte au mutisme cabré de Jacques ; il est devenu un étranger pour elle, pour tous. Il étouffe dans cette atmosphère de la maison paternelle ; et il ne songe qu’à rejoindre au plus tôt la Suisse.
Libellés :
La mort du père,
Résumé des Thibault
Septième partie (3 volumes E.O 1936) : L’ETE 1914
Cette septième partie commence le 28 juin 1914, jour du meurtre de Sarajevo, et se termine le 10 août, neuvième jour de la guerre. Journée après journée, le lecteur assiste à cette lutte des forces de paix contre les forces de guerre, qui devait aboutir au conflit général d’août 1914.
Jacques est donc revenu à Genève. Il a repris sa place dans le groupe de révolutionnaires cosmopolites que dirige et anime un ancien aviateur, Meynestrel, l’énigmatique « Pilote ». C’est par lui que Jacques est envoyé à travers l’Europe pour y enquêter sur la politique secrète des Empires Centraux ; puis à Paris, pour y suivre de près les réactions françaises et la politique pacifiste des partis de gauche.
Là, il retrouve son frère Antoine, luxueusement installé dans la vie bourgeoise et parfaitement inconscient des menaces qui s’amoncellent sur l’Europe. Le heurt de leurs deux natures se poursuit, pendant tout le mois de juillet, en marge de la crise internationale.
Un accident – le suicide de Jérôme de Fontanin – a remis Antoine et Jacques en contact avec Mme de Fontanin, avec Jenny, avec Daniel. Un élan irrésistible – amour, orgueil, besoin de pardon – pousse Jacques à se disculper auprès de Jenny : explication passionnée, où fondent toutes les résistances qui les séparaient jadis, et où ils osent enfin s’avouer leur amour.
De ce jour-là, Jenny partage la vie haletante de Jacques parmi les militants pacifistes et le groupe socialiste de l’Humanité. Ensemble, ils sont témoins de l’assassinat de Jaurès ; et, après avoir vu sombrer successivement toutes les chances de conjurer la catastrophe, c’est ensemble qu’ils lisent sur les murs de Paris l’affiche de la mobilisation.
Jenny s’est donnée à Jacques. Elle l’accompagnera en Suisse ; où Jacques a résolu de fuir, afin d’y poursuivre par tous les moyens la lutte contre la guerre. Au dernier moment Jenny ne se décide pas à abandonner sa mère, et diffère son départ.
Alors, Jacques, emporté par son destin, s’éloigne seul. Il regagne Genève ; il revoit Meynestrel. Possédé par son idée fixe, dans une sorte d’état second, il met à exécution ce projet d’action individuelle, désespéré, chimérique et follement téméraire qui, devant l’écroulement de ses espérances et la trahison des chefs responsables, lui est apparu comme un ultime devoir ; l’unique moyen de servir à la fois la cause de la paix et celle de la révolution : adjurer les soldats des deux camps de jeter leurs armes et de fraterniser, avant que l’Europe entière ne soit happée par le tourbillon.
Le 10 août, à l’aube, il monte dans un avion piloté par Meynestrel, pour survoler le front d’Alsace, et semer sur les combattants des milliers de tracts pacifistes, français et allemands. Mais l’appareil capote, tombe dans les lignes françaises et s’enflamme. Meynestrel est carbonisé. Jacques, grièvement blessé, est pris pour un espion, et livré aux gendarmes d’une des divisions françaises qui battent en retraite. Agonisant, ballotté toute une journée sur une civière, il suit le recul désordonné des troupes, jusqu’au moment où il est abattu d’un coup de revolver par un des gendarmes qui le gardent et dont sa présence entrave la fuite.
Huitième et dernière partie (1 volume E.O 1939) : L’EPILOGUE
Dernières lignes du Journal d'Antoine :
Œdème des jambes. Grand temps, si je veux encore pouvoir. Tout est là, étendre la main, se décider. Ai lutté toute cette nuit.
Lundi, 18 novembre 1918.
37 ans, 4 mois , 9 jours.
Plus simple qu’on ne croit.
Jean-Paul.
Œdème des jambes. Grand temps, si je veux encore pouvoir. Tout est là, étendre la main, se décider. Ai lutté toute cette nuit.
Lundi, 18 novembre 1918.
37 ans, 4 mois , 9 jours.
Plus simple qu’on ne croit.
Jean-Paul.
mercredi 24 août 2011
Catherine Gide
La Fondation Catherine Gide met en ligne son nouveau site : http://www.fondation-catherine-gide.org/
samedi 14 mai 2011
Roger Martin du Gard et Marc Allégret
Très belle vente d'Autographes & Manuscrits et de Livres anciens & Modernes à l' Hôtel Drouot-Richelieu mardi 17 mai 2011 (Pierre Bergé & associés).
Lot 143 :
Vingt-sept lettres autographes signées « Roger Martin du Gard » ou « R.M.G. », environ 47 pages in-8 : Nice, Antibes, Figeac, Roquefort, 1er octobre 1943/14 juin 1945.
Emouvante et intéressante correspondance relative à la grave maladie mettant en péril la vie de Nadine, femme de Marc Allégret, et à « l’universelle détresse » dans laquelle la guerre plonge la France.
Tout au long de ces missives, l’écrivain s’inquiète pour la santé de l’actrice Nadine Vogel (1917-1993), compagne du metteur en scène Marc Allégret. Le couple avait confié son enfant en bas âge à Madame Nolde, réfugiée dans le Lot pendant la guerre, et ce n’est que par elle que RGM parvient à obtenir des nouvelles de la malade dont les hauts et les bas lui inspirent les plus vives inquiétudes. « .... Chère Madame...Vous êtes notre seule source... Marc nous a dit, à son passage, que certains cas de ce genre avaient duré 8 à 10 mois avant d’aboutir à la guérison... Je suis confus de vous relancer ainsi... Je trouve tout naturel aussi que Marc ne puisse pas nous tenir régulièrement au courant, mais c’est bienp pénible de rester si longtemps sans rien savoir... ». « ... Marc m’ écrit que le Poussin (sa fille Danielle) est en bonne santé et profite au maximum de sa cure paysanne. Quelle sécurité pour eux de savoir la petite avec vous... Pauvre Marc, qui assiste, lucide et impuissant, à cet interminable débat contre la mort... C’est un grand repos d’esprit pour lui, et une grande consolation pour Nadine, de savoir le Poussin en si bonnes mains ! Ils sont,l’un et l’autre, obsédés par le rêve d’aller vous rejoindre un jour... ».
A Nice, de « ... formidables fortifications se dressent tout le long de la mer, c’est un mur continu, un travail de géants !... Ici la vie devient plus difficile chaque jour. Ne regrettez pas la somptueuse demeure de l’Horizon... devenue une succursale de l’enfer... Quelle sinistre époque...De quelque côté qu’on se tourne, on ne voit que des souffrances... ».
La presse évoque les menaces d’évacuation massive : « ... Beaucoup de gens sont pris de panique, et filent. C’est, je crois, le but réel de cette campagne énervante. J’ai peine à imaginer que l’on songe à évacuer de force des villes comme Marseille, Toulon, Cannes ou Nice... Mais on veut certainement... diminuer la densité de la population ; ce qui, au cours des événements éventuels, faciliterait le ravitaillement, le maintien de l’ordre, et les opérations militaires. Possible aussi qu’on souhaite récupérer beaucoup de locaux vides, pour y héberger les populations allemandes bombardées... Abandonner, en ce moment, tout ce qu’on possède ici, papiers, livres, provisions, stocks de pommes de terre, pour partir à l’aventure avec un sac au dos, serait une catastrophe... ».
Pourtant, lui et son épouse se réfugieront bientôt auprès de leur fille à Figeac, avant de louer un château délabré à quatorze kilomètres de la ville, expérience éprouvante : « ... on patauge dans le purin et les canards se soulagent dans le vestibule... nous avons du lait, et la cuisine en est transformée... Mais c’est l’ isolement total... un paradis « perdu »... Quel sale climat... et je suis déjà perclus de rhumatismes... ».
Apprenant qu’on bombarde Nice, il se dit tout honteux d’être parmi les privilégiés quand tant d’amis sont exposés, et s’inquiète pour le sort de ses livres, « ... un précieux instrument de travail qui me serait supprimé. D’autant que j’ai là-bas beaucoup de notes auxquelles je tiens... ».
Ce n’est qu’en décembre 1944, après deux mois de démarches, que l’écrivain quitte enfin le Lot, « ... ce pays hostile, cette population revêche, ce climat atroce, ce déluge continuel... », pour s’en retourner à Nice où, malgré les difficultés de tous ordres et les prodigieux événements se succédant à un rythme vertigineux, il peut à nouveau travailler tranquille et s’assurer un minimum d’équilibre.
Lot 143 :
Vingt-sept lettres autographes signées « Roger Martin du Gard » ou « R.M.G. », environ 47 pages in-8 : Nice, Antibes, Figeac, Roquefort, 1er octobre 1943/14 juin 1945.
Emouvante et intéressante correspondance relative à la grave maladie mettant en péril la vie de Nadine, femme de Marc Allégret, et à « l’universelle détresse » dans laquelle la guerre plonge la France.
Tout au long de ces missives, l’écrivain s’inquiète pour la santé de l’actrice Nadine Vogel (1917-1993), compagne du metteur en scène Marc Allégret. Le couple avait confié son enfant en bas âge à Madame Nolde, réfugiée dans le Lot pendant la guerre, et ce n’est que par elle que RGM parvient à obtenir des nouvelles de la malade dont les hauts et les bas lui inspirent les plus vives inquiétudes. « .... Chère Madame...Vous êtes notre seule source... Marc nous a dit, à son passage, que certains cas de ce genre avaient duré 8 à 10 mois avant d’aboutir à la guérison... Je suis confus de vous relancer ainsi... Je trouve tout naturel aussi que Marc ne puisse pas nous tenir régulièrement au courant, mais c’est bienp pénible de rester si longtemps sans rien savoir... ». « ... Marc m’ écrit que le Poussin (sa fille Danielle) est en bonne santé et profite au maximum de sa cure paysanne. Quelle sécurité pour eux de savoir la petite avec vous... Pauvre Marc, qui assiste, lucide et impuissant, à cet interminable débat contre la mort... C’est un grand repos d’esprit pour lui, et une grande consolation pour Nadine, de savoir le Poussin en si bonnes mains ! Ils sont,l’un et l’autre, obsédés par le rêve d’aller vous rejoindre un jour... ».
A Nice, de « ... formidables fortifications se dressent tout le long de la mer, c’est un mur continu, un travail de géants !... Ici la vie devient plus difficile chaque jour. Ne regrettez pas la somptueuse demeure de l’Horizon... devenue une succursale de l’enfer... Quelle sinistre époque...De quelque côté qu’on se tourne, on ne voit que des souffrances... ».
La presse évoque les menaces d’évacuation massive : « ... Beaucoup de gens sont pris de panique, et filent. C’est, je crois, le but réel de cette campagne énervante. J’ai peine à imaginer que l’on songe à évacuer de force des villes comme Marseille, Toulon, Cannes ou Nice... Mais on veut certainement... diminuer la densité de la population ; ce qui, au cours des événements éventuels, faciliterait le ravitaillement, le maintien de l’ordre, et les opérations militaires. Possible aussi qu’on souhaite récupérer beaucoup de locaux vides, pour y héberger les populations allemandes bombardées... Abandonner, en ce moment, tout ce qu’on possède ici, papiers, livres, provisions, stocks de pommes de terre, pour partir à l’aventure avec un sac au dos, serait une catastrophe... ».
Pourtant, lui et son épouse se réfugieront bientôt auprès de leur fille à Figeac, avant de louer un château délabré à quatorze kilomètres de la ville, expérience éprouvante : « ... on patauge dans le purin et les canards se soulagent dans le vestibule... nous avons du lait, et la cuisine en est transformée... Mais c’est l’ isolement total... un paradis « perdu »... Quel sale climat... et je suis déjà perclus de rhumatismes... ».
Apprenant qu’on bombarde Nice, il se dit tout honteux d’être parmi les privilégiés quand tant d’amis sont exposés, et s’inquiète pour le sort de ses livres, « ... un précieux instrument de travail qui me serait supprimé. D’autant que j’ai là-bas beaucoup de notes auxquelles je tiens... ».
Ce n’est qu’en décembre 1944, après deux mois de démarches, que l’écrivain quitte enfin le Lot, « ... ce pays hostile, cette population revêche, ce climat atroce, ce déluge continuel... », pour s’en retourner à Nice où, malgré les difficultés de tous ordres et les prodigieux événements se succédant à un rythme vertigineux, il peut à nouveau travailler tranquille et s’assurer un minimum d’équilibre.
Libellés :
Autographes,
Correspondance,
Marc Allégret
vendredi 8 avril 2011
Roger Martin du Gard - " Un intellectuel libre "
Samedi 30 avril à 17h15 conférence par Charlotte Andrieux au Château de Maisons, à Maisons-Laffitte :
Libellés :
Charlotte Andrieux,
Maisons-Laffitte
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